1) INTRODUCTION:
François Doyon La Rochelle:
Bienvenue à Sujet Capital, un balado mensuel à propos de la gestion passive de portefeuille et de la planification financière et fiscale pour les investisseurs à long terme.
Vos hôtes pour ce balado sont James Parkyn et moi-même François Doyon La Rochelle, tous deux gestionnaires de portefeuilles avec PWL Capital.
Au programme aujourd’hui pour l’épisode #90:
Dans cet épisode, nous discuterons de rendement espéré avec Raymond Kerzerho, chercheur principal chez PWL.
Bonne écoute!
2) LE POINT SUR LES RENDEMENTS ESPÉRÉS AVEC RAYMOND KERZÉRHO:
François Doyon La Rochelle:
Comme je l’ai mentionné dans mon introduction, pour nous aider à aborder le sujet d’aujourd’hui, nous avons invité RAYMOND KERZÉRHO, chercheur principal chez PWL.
Bonjour, Ray, c’est un plaisir de te retrouver dans ce podcast.
Raymond Kerzérho:
Bonjour à tous, merci de m’accueillir !
François Doyon La Rochelle:
Salut James, comment ça va aujourd'hui.
James Parkyn:
Ça va super bien et toi, François.
François Doyon La Rochelle:
Ray, tu viens de publier une version mise à jour de ton rapport intitulé « Hypothèses de planification financière pour un portefeuille pondéré selon de la capitalisation boursière », mais avant d’entrer dans les détails de ce rapport, peux-tu présenter brièvement à nos auditeurs ce document et expliquer à quoi il sert ?
Raymond Kerzérho:
Oui, donc, alors très brièvement, on produit ce document depuis plusieurs années, mais la mission fondamentale n'a pas changé. Plus précisément, ce qu'on cherche à faire, c'est de fournir des projections pour un certain nombre de variables qui sont essentiels pour les investisseurs, notamment l'inflation, les rendements et la volatilité des différentes catégories d'actifs. Ensuite, de ça, nos planificateurs financiers utilisent ces estimations pour établir ses projections de retraite pour nos clients. Toutefois, il y a ici une nuance importante que je répète souvent, c'est des projections, ce n’est pas des prédictions. Donc on sait fort bien qu'il y a une marge d'erreur quand même considérable avec ces chiffres. Là cela dit, c'est la meilleure estimation à laquelle on peut arriver, basée sur l'information à notre disposition à l'heure actuelle.
James Parkyn:
Je recommande à nos auditeurs de réécouter notre podcast n° 79, publié l’année dernière. Dans ce podcast, Ray y expliquait de façon détaillée la méthodologie qu’il utilise pour calculer les estimations de rendements espérés. Ray, peux-tu résumer sommairement ta méthodologie pour nos auditeurs ?
Raymond Kerzérho:
Absolument. En bref, ce qu'on fait, c'est qu'on combine les données historiques sur les rendements avec des estimations prospectives afin d'établir un rendement espéré unique pour chaque catégorie d'actifs. Donc, on regarde l'approche historique ou les indicateurs prospectifs. Les deux sont limités, les deux ont des marges d'erreurs. Ce qu'on espère, c'est qu'en les combinant, ces erreurs vont se compenser et essentiellement va nous permettre d'obtenir notre meilleure estimation des rendements futurs. Donc, les projections sont établies sur un horizon de 30 ans et puisqu'il s'agit de projection et non de prédictions, il faut tenir compte qu'au cours d'une période donnée, les marchés peuvent enregistrer des rendements nettement supérieurs ou inférieurs à ces estimations.
François Doyon La Rochelle:
Maintenant qu’on a abordé la méthodologie, Ray, tu mets à jour tes chiffres deux fois par an et ceci depuis des années. Peux-tu maintenant nous faire part de tes dernières estimations de rendements espérés, et y a-t-il des changements significatifs entre 2025 et 2026 ?
Raymond Kerzérho:
Oui, absolument le plus gros changement, on va le garder pour la fin. Pour commencer, la première chose qu'on regarde, c'est faire un estimé de l'inflation et notre chiffre n'a pas changé cette année, on demeure à deux pour cent. Ensuite de ça, au-delà des investissements, on regarde aussi l'appréciation potentielle ou espérée de la résidence principale, donc notre maison ou notre condo quoi que ce soit, on a pour ce chiffre-là une appréciation historique d’un pour cent. Donc un rendement espéré d’un pour cent duquel il faut déduire les frais d'entretien et les taxes foncières.
Pour les obligations. On regarde deux segments du marché. Tout d'abord, on regarde :
Les obligations à court terme. Ces dernières sont en hausse de seulement six bis six points de base. C'est passé de 3,01 à 3,07%.
Concernant l'univers des obligations, notre deuxième estimé pour les obligations, c'est plus élevé. Donc on est passé de 3,53% à 3,58% en hausse de cinq points de base.
Les actions canadiennes. On a une légère baisse, on est passé de 7,01% à 6,87%, donc notre estimé courant, c'est 6,87% avec une baisse de 14 points de base par rapport à juin 2025.
Les actions américaines, on voit ça à 6,44%, ce qui est un petit peu plus bas que le 6,48% qu'on affichait il y a un an d'ici, c'est en baisse de quatre points de base
Là ou on a le plus gros changement. C'est essentiellement les actions internationales. Ça inclut les actions des pays développés, donc la France, l’Allemagne, le Japon, etc. Et les actions des pays émergents, la Chine, l'inde, la Corée. Donc, dans le cas des actions internationales, on est en baisse de 24 points de base, donc essentiellement un quart d’un pour cent , on est passé de 7,28% à 7,04%.
Pour conclure, tous ces rendements attendus sont nominaux ; ils sont corrigés de l'inflation, à l'exception, comme je l'ai mentionné précédemment, de celui concernant la résidence principale. Et la dernière chose que je tiens à souligner est la suivante :
Le rendement espéré du portefeuille équilibré 60-40 a légèrement baissé, passant de 5,76 % à 5,73 %, soit une baisse de 3 points de base. C'est presque négligeable.
Vous remarquerez que dans tout ce que j'ai nommé, on avait certaines classes d'actifs dont les rendements espérés étaient en hausse, notamment les obligations et d'autres classes d'actifs dont les rendements étaient en baisse, Donc on voit que ça s'est à peu près compensé, ce qui explique pourquoi les actions internationales ont vu leur rendement espéré diminuer de façon plus prononcée que les autres classes d'actifs, c'est que les rendements ont été essentiellement mené par les actions des pays émergents. Tenez-vous bien. En date du 30 juin dernier, sur un an, les marchés émergents ont eu un rendement de presque 50%.
François Doyon La Rochelle:
Un rendement faramineux.
Raymond Kerzérho:
Bein, voilà exactement ! De plus, s'il y a un rendement positif, ça veut dire que les prix ont augmenté et plus les prix augmentent, plus les rendements espérés sont moins élevés donc ça explique en partie la baisse de rendement espérée pour les actions internationales.
François Doyon La Rochelle:
Maintenant, je pense que tu couvres aussi dans ton rapport les rendements pour des portefeuilles factorielles, c'est à dire, qui sont un peu qui ont un biais vers les titres de valeur, les titres de petite capitalisation et aussi le facteur de la profitabilité.
Raymond Kerzérho :
Oui, exactement. En fait, on a un rapport qu'on publie à part pour les portefeuilles basé sur la capitalisation boursière. Ça, c'est essentiellement un portefeuille qui serait construit avec des FNB indiciels. Par contre, chez PWL, on investit en partie les fonds de nos clients avec des fonds dits factoriels, donc des fonds qui investissent dans le marché total mais qui mettent plus d'emphase sur les petites capitalisations, les actions de type valeur et les actions de compagnies qui sont plus profitables. Donc pour un portefeuille factoriel, on voit que les rendements nominaux espérés, donc on exclut les frais sur les produits comme on a fait pour les portefeuilles à capitalisation boursière.
Les revenus fixes factoriels on est à 3,19% si je fais la comparaison avec un portefeuille pondéré, on est un petit peu en bas de -0,34%.
Par contre, pour les actions c'est l'inverse. On va avoir des rendements supérieurs :
Les actions canadiennes ont un rendement espéré de 7,42% et c'est 55 points de base de plus que pour un portefeuille à capitalisation boursière.Pour les actions factorielles américaines, on a un rendement espéré de 7,07%. Encore une fois, c'est plus élevé que le portefeuille pondéré selon la capitalisation boursière par un montant de 63 points de base, donc +0,63%.
Les actions internationales, on a un rendement espéré de 7,54% ce qui accentue le rendement du portefeuille de plus d’un demi pour cent par rapport à un portefeuille de FNB indiciel
Pour conclure cette section, le portefeuille réparti selon un ratio 60-40 en fonction des facteurs affiche un rendement attendu de 5,95 %, soit 22 points de base de plus que notre estimation pour un portefeuille pondéré en fonction de la capitalisation boursière.
James Parkyn:
Ray, tu soulignes que le rendement espéré d’un portefeuille équilibré 60% en actions et 40% en obligations est de 5,95 % avant frais, mais en incluant les frais de gestion des produits. Ce portefeuille classique 60/40 fait l’objet de nombreux débats, car le rendement espéré des obligations, à 3,58 % génère un rendement négatif dans un compte imposable une fois l’inflation et les impôts pris en compte.
J’ajouterai qu’avec les performances exceptionnelles des actions au cours des 20 dernières années, en dépit d’importants marchés baissiers, on constate qu’elles ont généré des rendements composés supérieurs aux rendements espérés présents dans ton rapport. Peux-tu Raymond nous donner ton avis ?
Raymond Kerzérho:
Oui, bien sûr, James. Bien que certaines personnes puissent être sceptiques vis à vis des actifs à revenu fixe parce que ça n'a pas été très prospère ces dernières années, il faut comprendre quand on prend des décisions de portefeuille qu’investir comporte inévitablement une grande part d'incertitude. Le fait que les actions aient généré des rendements supérieurs à nos rendements espérés au cours des 20 dernières années ne signifie pas que nous devrions simplement extrapoler ces rendements historiques dans le futur. Les rendements espérés ne sont pas des prédictions de ce qui va se produire. Ce sont nos meilleures estimations fondées sur l'information dont nous disposons aujourd'hui. Nous savons également avec certitude que de sévères marchés baissiers se produiront à nouveau. Heureusement, ces marchés très sévères en baisse sont relativement rares, mais en même temps, elle constitue une partie incontournable de l'investissement. C'est là que les obligations entrent en jeu. Même lorsque les rendements espérés des obligations sont modestes, ces dernières peuvent contribuer à amortir les pertes d'un portefeuille lorsque les bourses plongent. Cet effet, d'amortissement peut être extrêmement précieux et peut donner aux investisseurs la confiance et la fortitude nécessaires pour rester investi pendant les périodes difficiles plutôt que de céder à la panique et vendre leurs actions après une forte baisse. Autrement dit, le rôle des obligations ne consiste pas à simplement maximiser les rendements espérés. Elle contribue plutôt à rendre l'ensemble du portefeuille plus résilient et aide les investisseurs à garder le cap dans les temps les plus difficiles.
François Doyon La Rochelle:
Ray, comme l’année dernière, les rendements espérés des actions canadiennes et internationales sont supérieurs à ceux des actions américaines. Peux-tu nous expliquer pourquoi?
Raymond Kerzérho:
Oui, donc il faudrait revenir un peu à ce qu'on a dit plus tôt. Quand on fait nos estimés de rendement espérés, on fait une combinaison de deux méthodes : il y a les rendements historiques, mais il y a les rendements fondés sur des mesures prospectives. Essentiellement, ce que ça nous dit, c'est que plus une catégorie d'actifs est dispendieuse, plus les rendements espérés vont être bas, ça, c'est la partie prospective. A l'heure actuelle, les actions américaines se négocient à une valorisation plus élevée que les actions canadiennes et internationales. Autrement dit, les investisseurs paient davantage pour chaque dollar de bénéfices généré par les sociétés américaines. Par ailleurs, plus les investisseurs paient aujourd'hui pour un niveau donné de bénéfices, plus le rendement auquel ils peuvent s'attendre à l'avenir est faible. C'est pourquoi nos rendements espérés sont actuellement plus élevés pour les actions canadiennes et internationales que pour les actions américaines. Ça ne signifie pas que nous nous attendons à ce que les marchés américains affichent une performance moindre chaque année, ni même sur chaque période. Ça reflète plutôt le fait que les valorisations de départ constituent un déterminant important des rendements espérés à long terme.
James Parkyn:
Ray, en quoi les rendements espérés présentés dans ton rapport diffèrent-ils de ceux des autres grandes sociétés d’investissement ?
Raymond Kerzérho:
Oui, donc effectivement, quand on regarde les chiffres dont on a parlé un petit peu plus tôt, que ce soit le portefeuille factoriel ou le portefeuille pondéré selon la capitalisation boursière, on voit bien que le rendement espéré pour un portefeuille 60% action 40% revenus fixes est inférieur à six pour cent. Donc ça peut être tentant pour un observateur de se dire peut-être qu'ils sont trop prudents dans leurs estimations. Puis, je pense que c'est une pensée qui est légitime. Toutefois, lorsque je compare nos projections à celles d'autres grandes firmes, par exemple celle de BlackRock, Vanguard et AQR, je constate le contraire. Nos estimations sont plus optimistes que celles des grandes sociétés d'investissement d'au moins d’un demi-point de pourcentage.
Ainsi, même si un rendement espéré inférieur à six pour cent peut sembler faible en termes absolus, il est relativement optimiste comparativement aux projections publiées par bon nombre de grandes firmes d'investissement.
François Doyon La Rochelle:
On va maintenant regarder comment les rendements du marché au cours des dix et vingt dernières années se comparent aux projections de rendements espérés pour des portefeuilles diversifiés à l’échelle mondiale. On se réfère aux résultats du rapport « Statistiques de marché PWL » et du rapport « Portefeuilles modèles de l’équipe ». Tous les rendements sont en date du 30 juin 2026. Donc James, allons droit au but.
James Parkyn:
Eh bien François, comme le savent nos auditeurs réguliers, nous publions les performances de nos portefeuilles modèles pour toute une gamme de répartitions d’actifs entre actions et obligations. Ce tableau présente les performances sur 1, 3, 5, 10 et 20 ans. Cela permet de comparer les résultats réels des portefeuilles. Aujourd’hui, je vais comparer les performances des dix et vingt dernières années.
François Doyon La Rochelle:
James, qu’est-ce que tu souhaites mettre en lumière pour nos auditeurs ?
James Parkyn:
François, au cours des 10 et 20 dernières années, les rendements composés ont été exceptionnels.
Je vais par exemple mettre en avant les rendements correspondant aux répartitions d’actifs les plus courantes chez nos clients. Je demanderai à nos auditeurs de garder à l’esprit que ces rendements n’inclues pas les frais de gestion de portefeuille, mais incluent le coût des produits d’investissement. Commençons par:
Pour un portefeuille équilibré 60% en actions 40% en obligations, sur 10 ans, le rendement était de 8,45% et de 7,12% composé par année sur 20 ans. Et dans ton rapport de cette année, Raymond, ton estimé c'est 5,95%
Si on augmente de 10% l’allocation en action, donc un portefeuille 70% en actions et 30% en obligations ; les rendements étaient sur 10ans de 9,62%, 7,79% sur 20 ans et le rendement espéré 2026, c'est de 6,35%.
Pour un autre portefeuille 80% en actions et 20% en obligations, le rendement fut 10,78% sur 10 ans et 8,46% sur 20 ans et comparé à 6,73% de rendement espérés pour 2026
Donc c'est vraiment des rendements exceptionnels et les investisseurs qui sont restés disciplinés par rapport à leurs besoins et plan d'investissement peuvent se réjouir.
Raymond Kerzérho:
Absolument James J'aimerais aussi ajouter toutefois que d'utiliser les 10 ou 20 dernières années comme base pour établir des attentes de rendement à long terme serait une erreur. Ces périodes ont été très favorables. On s'en réjouit, c'est sûr, mais elles ne représentent qu'une petite partie de l'histoire des placements. La façon qu'on calcule nos rendements espérés repose sur 125 années de données historiques plutôt que sur la seule dernière décennie ou les deux dernières décennies. Même dans ce cas, nous apportons des ajustements à la baisse pour tenir compte de certains facteurs qui ont contribué au rendement exceptionnel des dernières décennies, mais qui sont peu susceptibles de se reproduire dans la même mesure dans l'avenir. L'idée principale, c'est que de solides rendements historiques n'impliquent pas nécessairement des rendements futurs tout aussi élevés. Pour la planification à long terme, nous estimons qu'il est plus prudent d'examiner une histoire beaucoup plus longue et de tenir compte des conditions d'évaluation et des conditions économiques auxquelles les investisseurs sont confrontés aujourd'hui.
François Doyon La Rochelle:
James, ce sont les rendements annuels composés. Mais qu'est-ce que ça signifie en terme d’accumulation du capital pour les investisseurs ?
James Parkyn:
François, c'est une excellente question. La façon la plus simple de l'expliquer est de se demander : si vous investissez un dollar aujourd'hui à ces taux composés, quelle valeur ce dollar aura-t-il dans 10 et 20 ans ? Les résultats sont exceptionnels :
Donc, pour un portefeuille équilibré 60% d'action 40% en obligations 1$ est devenu 2,25$, donc 100 000$ est devenu 225 000$ et sur 20 ans, c'est presque quatre fois plus, donc 3,96$. Donc tu aurais 396 000$ pour 100 investis.
Donc, évidemment, plus on augmente l'allocation en actions, plus les rendements sont élevés ou l'accumulation de capital est élevée. 70% en actions et 30% en obligations, pour 1$ on aurait 2,51$ après 10 ans ou 4,48$ après 20 ans.
Pour le portefeuille agressif 80% en actions et 20% en obligations, on aurait accumulé 2,78$ et 5,07$ après 20 ans, donc un petit peu plus qu'un demi-million pour cent dollars investis, donc cinq fois son argent.
Raymond Kerzérho:
Oui, donc je pense que ça, c'est vraiment d'excellents rendements, mais ce sont des rendements passés. Si on faisait une estimation raisonnable en dollars, une projection sur 10 ans pour un portefeuille 60/40, probablement que la projection serait inférieure de 20% sur une période de 10 ans, on parle de récolter un 1,75$ plutôt que 2,25$ après 10 ans.
Non quand même une bonne différence.
François Doyon La Rochelle:
Et je pense que sur 20 ans, c'est encore plus grand comme différence.
Raymond Kerzérho:
Oui, bien évidemment. Avec l'effet de composition, l'écart s'agrandit avec le temps effectivement.
François Doyon La Rochelle:
James, quelles sont les leçons d’investissement que nos auditeurs peuvent retenir de ces résultats ?
James Parkyn:
François, il y a de nombreux enseignements à en tirer. Je vais vous en présenter cinq :
Ma première leçon est de s'en tenir à son plan : persévérer permet d'obtenir les meilleurs résultats à long terme. Nous l'avons souvent souligné dans notre podcast. Ces chiffres de rendement le confirment. Malgré de nombreuses crises des marchés financiers – comme la crise financière mondiale de 2008-2009 qui a mis le système bancaire international en péril, la pandémie de 2020 et la résurgence de l'inflation en 2022 – les actions ont généré des rendements bien supérieurs aux moyennes à long terme et nettement plus élevés que les dernières projections de rendement de Raymond.
François Doyon La Rochelle:
Comme tu l'as indiqué précédemment, le rendement réel d'un portefeuille composé à 60 % d'actions et à 40 % d'obligations était de 8,45 % en taux composé sur 10 ans et de 7,12 % sur 20 ans. Ça représente un rendement annuel composé supplémentaire de 2,5 % sur 10 ans et de 1,17 % sur 20 ans. Par conséquent, un investisseur qui aurait maintenu cette stratégie aurait accumulé environ 25 % de capital en plus par rapport aux 5,95 % que nous prévoyons actuellement.
James Parkyn:
Ça s'explique Francois par le fait que les rendements réels des actions ont été bien supérieurs aux rendements attendus en 2016 – par exemple, la performance réelle de l'indice mondial tous pays confondus a été de 14,3 % en dollars canadiens au cours des 10 dernières années, soit deux fois le rendement attendu de 7 % en 2016.
François Doyon La Rochelle:
Quelle est ta deuxième leçon, James ?
James Parkyn:
Ma deuxième leçon est que les rendements réels des obligations ont été inférieurs aux rendements attendus en 2016 : 3,3 % contre 1,7 %. Au cours des dix dernières années, le rendement a été faible, surtout au Canada (1,71 % pour l’ensemble du marché). Avec l'inflation à 2,79 %, les obligations ont généré un rendement négatif avant même la prise en compte des impôts.
François Doyon La Rochelle:
C’est la même histoire avec les rendements espéré actuelles pour les obligations qui est de 3,19 %, une fois les impôts et l'inflation pris en compte on se retrouve avec un rendement négatif. Les investisseurs doivent absolument réfléchir à l'impact à long terme d'une forte allocation aux placements sûrs.
Quelle est ta troisième leçon, James ?
James Parkyn:
La mise en place d'une allocation à long terme avec une part plus importante en actions a généré des rendements à long terme nettement supérieurs. En comparant les résultats d'un portefeuille composé à 60 % d'actions et à 40 % d'obligations, qui a généré un rendement composé de 8,45 % sur 10 ans, le portefeuille 70/30 a généré 9,62 %, soit 1,17 % de plus par an.
François Doyon La Rochelle:
Avec ce portefeuille vous auriez accumulé 11,6 % de capital supplémentaire. Avec un portefeuille 80/20, vous auriez généré 23,6 % de capital en plus. La différence est considérable. Bien sûr, ce potentiel de gain s'accompagne d'un risque de perte plus élevé.
James Parkyn:
Je suis d'accord avec toi François, voici ma dernière leçon :
« Connaître son risque » : après une décennie d’excellents rendements boursiers, les investisseurs doivent s’assurer que leurs portefeuilles sont cohérents avec leur plan, leurs objectifs, leur tolérance au risque et leur capacité à prendre des risques.
François Doyon La Rochelle:
James, il y avait un article intéressant dans le WSJ du 7 juillet, écrit par Robert Pozen, ancien directeur de Fidelity Investments, intitulé « Vous êtes probablement surinvesti en obligations ». Il préconise un portefeuille composé à 90 % d'actions et à 10 % de fonds marchés monétaires. À mon avis, les principaux arguments de Pozen reposent essentiellement sur la performance des différentes catégories d'actifs au cours des 20 dernières années.
James Parkyn:
Je suis d'accord Francois.
Enfin, je rappelle à nos auditeurs que les résultats de rendement de notre portefeuille sont calculés au 30 juin 2026, une période exceptionnellement favorable aux actions et relativement morose aux obligations, surtout ces dix dernières années. Le risque est de tomber dans le panneau de l'analyse abusive des données.
Ben Carlson a également publié un article de blogue à propos de cet article du WSJ, dans lequel il souligne les points suivants : « Pour les investisseurs qui continuent d'investir régulièrement sur le marché, les périodes de repli prolongées représentent une opportunité, et non un risque. Cela permet d'acheter des actions à des prix plus bas. La marge de sécurité est beaucoup plus réduite à la retraite. Les revenus du travail ne permettent plus d'acheter des actions en promotion. On dispose de beaucoup moins de temps pour traverser une période de marché baissier. »
François Doyon La Rochelle:
Pozen écrit aussi que « l'allongement de l'espérance de vie élargit l'horizon temporel des investisseurs ». C'est là, selon moi, qu'un conseiller compétent peut réellement apporter une valeur ajoutée en aidant ses clients à définir une allocation d'actifs optimale à long terme.
En résumé, James, si je comprends bien, tu suggères que de nombreux investisseurs devraient peut-être envisager une part plus importante d'actions dans leur portefeuille d'actifs à long terme, compte tenu des faibles rendements attendus des obligations. C'est bien ça ?
James Parkyn:
Oui, François, mais je ne propose pas cela dans un contexte de « market timing » du marché, mais plutôt dans le cadre d'une décision stratégique à long terme où l'allocation des investisseurs reflète leur tolérance au risque et leur capacité à prendre des risques.
François Doyon La Rochelle:
Je suis d’accord, James, et comme je l’ai dit dans la conclusion de notre dernier podcast sur la revue semestrielle des marchés, ces décisions ne devraient pas être du « market timing » ou basées sur des prévisions de l’évolution future des marchés. Il faut plutôt que les investisseurs bâtissent un portefeuille qui leur convient et qu’il le ramène à leur allocation d’actifs à long terme lorsqu’il s’en écarte à cause des fluctuations du marché. Il ne faut pas oublier que le rééquilibrage de votre portefeuille permet de gérer le risque, de renforcer la discipline ce qui en retour vous aide à rester investi quelles que soient les surprises que les marchés vous réservent.
James Parkyn:
Et François, j'aimerais ajouter, en guise de conclusion pour nos auditeurs, notre mantra habituel : établissez votre plan, diversifiez vos placements à l'échelle mondiale, faites preuve de discipline lorsque les marchés sont difficiles, et rééquilibrez votre portefeuille au besoin.
3) CONCLUSION
François Doyon La Rochelle:
Merci, Raymond de ta participation aujourd'hui. Comme d'habitude, ce fut très intéressant, et j'espère que nos auditeurs ont également trouvé le sujet intéressant.
Raymond Kerzérho:
De rien, François.
François Doyon La Rochelle:
Merci aussi à toi James pour ta contribution encore aujourd'hui.
James Parkyn:
Il m’a fait plaisir Francois.
François Doyon La Rochelle:
Hé bien c’est tout pour ce 90ième épisode de Sujet Capital! Nous espérons que vous avez aimé.
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